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La révélation Levina


Exacte contemporaine de Chostakovitch, Zara Levina (1906-1976) restait jusqu’à présent un des secrets les mieux gardés de la musique de l’ère soviétique. Née en Ukraine, ses dons pianistiques - elle étudie avec Felix Blumenfeld, le professeur d’Horowitz - la destinent à une carrière de virtuose mais elle veut devenir compositrice et devient l’élève de Glière et Miaskovski.

Ses deux concertos pour piano sont un régal en soi et pour ceux qui aiment à déceler des similitudes avec d’autres compositeurs. Daté de 1942, le premier rappelle Rachmaninov pour le lyrisme (les vagues du début !), César Franck (à 2’27’’ du premier mouvement), Tchaïkovski - l’écriture caractéristique des cordes de son Concerto n°1. La fin de l’Allegro initial possède une ampleur assez impressionnante tandis que le dernier volet se situe dans le style coloré et spectaculaire d’un Khatchatourian. Extrêmement agréable.

Plus ramassé, d’un seul tenant, le second Concerto, de 1975 – l’ultime partition de Levina – est une œuvre d’une grande force d’attraction, plus inventive et personnelle du point de vue du langage que la précédente malgré, là aussi, des références nombreuses et encore plus explicites : la Musique pour cordes, percussion et célesta de Bartok (à 2'20’’), le Concerto n°3 de Prokofiev deux minutes plus tard. Et même Gerswhin ! On savoure la fine orchestration, d’une belle transparence, notamment les alliages des timbres des percussions,  comme dans ce passage mystérieux et prenant incluant un glockenspiel et des cloches au loin, sur un tapis de cordes et des accords pianissimos du piano.

Le duo féminin Maria Lettberg/Ariane Matiakh fonctionne à merveille et nous mitonne aux petits oignons une découverte des plus plaisantes.

Bertrand Boissard

Zara Levina : Concertos pour piano et orchestre n°1 et 2. Maria Lettberg (piano), Orchestre symphonique de la radio de Berlin, Ariane Matiakh. Capriccio.
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