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Severin von Eckardstein : un pianiste flamboyant


Pour leur deuxième édition, les Nuits Oxygène ont convoqué pendant près d’une semaine quelques remarquables jeunes pianistes, avec comme point d’orgue la venue du rare Severin von Eckardstein. Sa réputation, enviable, s’appuie sur sa victoire en 2003 au Concours Reine Elisabeth et plusieurs disques consacrés à Medtner, Schubert, Wagner... Son programme est un modèle de fine originalité. Magnifiées par un splendide Steinway, les Barcarolles n°1 et 8 de Fauré, souples mais solidement arrimées, regorgent de sonorités irisées. Place ensuite à une découverte : sept des vingt-quatre Préludes op. 5 (1924) de Robert Casadesus, le célèbre interprète. Des pages plus qu’anecdotiques où passe l’ombre de Debussy et Ravel. Vient ensuite le tour de Chopin. Sous les doigts de l’artiste allemand de trente-sept ans, l’héroïsme de la Polonaise op. 53 n’est pas un vain mot : enlevée de mains de fer, elle vibre de toutes ses composantes sonores.

Massage et annonce en gare

A l’entracte, voilà qu’on me propose un « massage concertant »… Une charmante attention, que j’ai malheureusement dû refuser : un critique musical ne saurait être distrait de sa mission. Auparavant, la « voix de la SNCF » - alias Simone Hérault -, celle aussi de la radio FIP de la grande époque, avait retentie pour annoncer le concert. Tout cela dans une église - certes évangélique allemande, mais tout de même…  Effet incongru assuré.

Mais retour à la musique. Après les Fantasiestücke op. 111 de Schumann, auxquelles la réverbération généreuse du lieu accentue l’impression de maelström, place aux transcriptions wagnériennes signées Stradal, Brassin et Moszkowski. Si Parsifal perd en spiritualité ce qu’il gagne en puissance et noblesse - basses telluriques -, le Feuerzauber crépite en un feu de joie ardent et la Chevauchée des Walkyries exulte. Dans cette dernière, Infatigable, trouvant des ressources cachées pour aller toujours crescendo, usant d’un subtil jeu de pédales, d’une virtuosité ravageuse, Severin von Eckardstein fait l’effet d’un sorcier, convoquant des forces secrètes pour une glorification grandiose du génie wagnérien – et des possibilités du piano. La sensualité capiteuse de la Mort d’Isolde, qui n’exclue pas une certaine délicatesse, nous fait rester sur les sommets.

Un formidable récital. Les organisateurs de concerts seraient bien inspirés de suivre l’exemple des Nuits Oxygène et d’inviter ce pianiste doté d'un répertoire d'une variété réjouissante, sans doute un des plus accomplis de sa génération.

Bertrand Boissard

Récital Severin von Eckardstein. Paris, église évangélique allemande, le 31 mars 2016.

Photo © Iréne Zandel.

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