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Pollini : itinéraire d’un pianiste gâté


Après Gould, Oïstrakh, Richter, Fray, Anderszewski et d’autres, Bruno Monsaingeon s’attaque à une grande figure du piano de notre temps, qui a traversé sans trop d’encombres cinquante ans de carrière. La forme de ce documentaire se révèle des plus simples : une interview du maître – le titre n’est pas usurpé – agrémentée d’archives. Ces dernières sont passionnantes, parfois rares, mais malheureusement trop brèves : on a seulement droit à des bribes - éblouissantes et d’autant plus frustrantes - des deux premiers concertos de Bartok, du 3e de Prokofiev… On se demande par contre pour quelle raison a été inclus un extrait de General Lavine eccentric de Debussy, fautif et brusqué – symptômes hélas de la dernière manière du pianiste italien.

L’entretien est intéressant mais, en voulant tout aborder, ne fait que survoler la surface des choses. Dans son vaste appartement où trônent les luxueux livres d’art – Bosch, Klee – Maurizio Pollini, grand bourgeois avec son éternel costume cravate, compulse avec sérieux une partition brochée. Il a de qui tenir : père architecte, oncle sculpteur (abstrait, un présage). S’il se raconte, l’artiste n’est pas un adepte de l’introspection (« vous me forcez à fouiller ma mémoire, ce que je ne fais jamais » dit-il à son interlocuteur) : c’est un paysage assez lisse qu’il dépeint ici. Qu’on ne compte pas sur lui pour évoquer ses angoisses, bien réelles. Allons-y donc pour le portrait officiel.

Dans la famille Pollini, on fait de la musique. A Milan, le jeune Maurizio entend les plus illustres musiciens : Rubinstein, Haskil, Gieseking, Fischer, Cortot, Toscanini, Mitropoulos. Il revient sur le concours Chopin, qui a tout changé pour lui, de même que sur sa rencontre avec Arturo Benedetti Michelangeli, qui lui a notamment appris des doigtés « fabuleux » qu’il utilise encore et une technique spéciale du double échappement. Il y a un passage assez fort où, après que Monsaingeon l’eut comparé à un missionnaire, Pollini s’insurge, répondant comme un cri du cœur : « Non, non, je ne suis pas un missionnaire. Je fais tout avec plaisir, basta ! ». Un des rares moments vraiment surprenants d’un documentaire - bien court - qui se voit néanmoins agréablement.

Bertrand Boissard

Pollini, « de main de maître », un DVD DG/Idéale Audience.

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