Accueil Piano News » CD » Chroniques » Barenboim joue les concertos de Brahms : efforts et effets

Barenboim joue les concertos de Brahms : efforts et effets


Daniel Barenboim a dit son envie de se remettre davantage au clavier, qu’il a largement délaissé ces dernières décennies. Cela nous a déjà valu quelques beaux moments, lors de ses récentes prestations au disque avec Argerich et ses récitals Schubert à la Philharmonie de Paris. En revanche, sa quatrième version (si l’on prend en compte l’interprétation filmée avec Celibidache) des concertos de Brahms ne convainc pas.

On ne reprochera pas au pianiste de 72 ans de ne plus posséder sa technique d’antan. Ce qu’on lui reproche, avant tout, c’est d’user de phrasés élastiques et alambiqués, de ralentis incessants. Il en résulte une instabilité rythmique gênante, un discours en permanence surligné. Barenboim étant un très bon musicien, tout n’est pas à rejeter. Le 1er concerto vaut ainsi pour un engagement indéniable et un solo d’une pureté touchante dans l’Adagio. C’est le meilleur moment du disque. En l’absence du piano, chef et orchestre tirent leur épingle du jeu par des effets de contraste bienvenus. La plupart du temps, Gustavo Dudamel, avec un sens de l’abnégation rare, se met entièrement au service du pianiste.

Dans le 2e concerto, il y a bien un passage « fantaisiste » (à la 6e minute) dans le premier mouvement, bien rendu par le soliste, quelques bouffées d’inspiration dans le finale. On en est réduit à isoler, ca et là, des bribes de partition. Tout cela ne fait pas une interprétation. Dès que la virtuosité doit reprendre ses droits, l’absence d’aisance de Barenboim le fait, à nouveau, s’enfermer dans une approche d’un maniérisme regrettable.

Retournons à sa version avec l’admirable Barbirolli (Emi, 1967) – celle avec Mehta chez Sony parue en 1981 se situait déjà en deçà. Franc, direct et net, le soliste y apprenait leur Brahms à nombre de mélomanes.

Bertrand Boissard

Brahms : les deux Concertos pour piano. Daniel Barenboim (piano), Staatskapelle Berlin, Gustavo Dudamel (DG).

0 commentaire