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Alan Gilbert dirige l’Orchestre Philharmonique de New York : des canyons aux étoiles


L'Orchestre Philharmonique de New York, créé en 1842, n’avait pas fait escale à Paris depuis 2012 et un concert dominé par une étonnante interprétation chambriste du 2e concerto pour piano de Bartók avec Lang Lang. Trois ans plus tard, la première de ses deux nouvelles prestations dans la capitale souffre de l’absence de pages substantielles, hormis Shéhérazade de Ravel. La star Joyce DiDonato s’y montre souveraine, enfilant les aigus comme autant de perles d’étoiles, s’appropriant l’œuvre avec une volupté teintée de mélancolie. Dommage que l’acoustique rende le texte de Tristan Klingsor peu intelligible. La chanteuse américaine s’adresse ensuite au public, en français, disant tout le bien qu’elle pense de la salle, réclamant – et obtenant – son assentiment quant à la qualité sonore du lieu. Laurent Bayle, Président de la Philharmonie, boit du petit lait.

Nyx d’Esa-Pekka Salonen avait débuté le concert : une partition fourre-tout, où l’on perçoit ici des échos d’Aaron Copland, là du Messiaen - les cordes extatiques de la fin -, bien faite, vite oubliée, si ce n’est la prestation éblouissante du clarinettiste Anthony McGill, qui a succédé au légendaire Stanley Drucker - membre de l’orchestre de 1948 à 2009 ! Les Valses nobles et sentimentales de Ravel restent préférables dans leur version pour piano, plus acérée, laissant entendre davantage leurs subtilités harmoniques. Dès le début, la nécessaire rutilance des percussions fait défaut et l’exécution se poursuivra sous ce fard épais. Pour finir, la suite du Chevalier à la Rose de Richard Strauss a eu le plus grand mal à maintenir l'intérêt.

Puissance de feu

Changement de braquet le lendemain, avec trois poids lourds de la musique du XXe siècle. Remarquablement mis en place, passionnant de bout en bout, Petrouchka de Stravinsky fait briller le pupitre des cuivres. Les déflagrations des trombones et du tuba prennent dans l’acoustique de la Philharmonie une présence ravageuse. Jeux de Debussy s’impose comme une magnifique réussite. Alan Gilbert n’élude pas l’aspect fuyant de l’œuvre – trop rarement donnée -, presque éparpillé. Mais ce camaïeu de timbres et de rythmes, qui forme comme une tapisserie ondoyante dont les micro-mouvements semblent relever d’une d’improvisation hyper sophistiquée, bénéficie d’une interprétation toujours ferme, flamboyante et superbement détaillée, ennemie du moindre relâchement. Dans ce genre de moment, on se rend compte qu'Alan Gilbert a plus que mérité sa place à la tête d'un des plus grands orchestres du monde, et combien il est un des chefs les plus sous-estimés du moment.

La suite du Mandarin merveilleux de Bartók permet d’admirer la puissance de feu des différents pupitres, leur cohésion, leur réactivité. L’ouvrage apparaît plus impressionnant que scandaleux et vénéneux. Alan Gilbert et ses troupes domestiquent la sauvagerie, le chef sans effets de manche superflus, en artiste soigneusement inspiré, l’orchestre de tout l’abattage dont il est capable.

Bertrand Boissard

Orchestre Philharmonique de New York, Paris, Philharmonie, les 25 et 26 avril 2015.

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