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Boris Berezovsky et l’Orchestre de Paris jouent Prokofiev et Scriabine : généreuse exaltation


Goûteuse mise en bouche avec la rare (au point de faire son entrée au répertoire de l’Orchestre de Paris) ouverture Hamlet de Tchaikovsky. Une page parsemée d’effets théâtraux, néanmoins moins appuyés que dans le célèbre Roméo et Juliette - auquel on peut la rapprocher - et d’un lyrisme plus secret. A cet égard, le solo du hautboïste Michel Bénet, admirable de fine déploration, a fait office d’échappée lumineuse au sein d’un programme éruptif. Le volcan a commencé à cracher son feu dès le 1er concerto pour piano de Prokofiev, lequel peut tourner assez vite au pensum sous des doigts gourds. Rien de tel avec Boris Berezovksy. Le virtuose donne l’impression de pouvoir réduire le clavier en poussière d’une simple pichenette. Aucune brutalité pourtant dans son jeu ; bien au contraire, il a littéralement soulevé de terre la partition, avec un goût de la fantaisie et une légèreté effervescente. L’œuvre en devient électrique, joyeusement débridée, rendue à son énergie et sa vitalité premières. Une révélation.

Orgie à tous les étages

A la place du 4e concerto (pour la main gauche) initialement prévu, le pianiste russe a opté pour le 2e. Changement de programme des plus généreux. Une générosité qui imprègne en permanence l’exécution. Dans des tempi rapides, l’artiste se donne totalement à la musique et au public, ne s’économise pas. L’optique retenue est celle d’un embrasement généralisé, d’une folie dévastatrice qui, par moments, prend le pas sur la netteté de la mise en place. On peut préférer des interprétations plus tendues, détaillant davantage les rouages d’une mécanique impitoyable, mais on ne saurait rester indifférent à cette bacchanale.

De l’orgie, on en aura encore dans le Poème de l’Extase de Scriabine, excellemment enlevé par Alexander Vedernikov et l’Orchestre de Paris, et marqué par la prestation immaculée du trompettiste Frédéric Mellardi. Le chef d’orchestre a trouvé le juste milieu entre équilibre des masses sonores, fusion des timbres et caractère exalté, amenant avec un sens parfait de la progression l’apothéose où, agitant les bras en l’air, il revêt définitivement les habits de démiurge. Au moment des saluts, le chef d’orchestre brandit, dans la plus pure tradition russe, la géniale partition, dans une Philharmonie de Paris comble et enthousiaste. Une superbe soirée.

Bertrand Boissard

Boris Berezovsky, l’Orchestre de Paris, Alexander Vedernikov (dir.). Philharmonie de Paris, le 8 avril 2015.

Photo : Boris Berezovsky. Frank Perry/AFP.

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