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David Fray interprète Schubert : secrète fantaisie


David Fray interpr\u00e8te Schubert : secr\u00e8te fantaisie

En concert - ce moment de vérité où on ne peut tricher - David Fray ne nous a jamais déçu, parfois passionné, toujours intéressé : le complexe concerto de Schoenberg (par ailleurs joué par cœur), celui en sol de Ravel (avec Salonen et l’Orchestre de Paris), la 7e sonate de Beethoven et, déjà, la sonate D. 894 de Schubert, il y a quelques années, étaient ceux d’un authentique musicien. Son parcours discographique, après un fort joli coup d’envoi (Bach/Boulez), s’est révélé plus inégal.

Frappe de suite dans la sonate D. 894 Fantaisie – une des plus indéchiffrables de son auteur – une attention peu banale portée aux nuances et à la « pâte » sonore. Un sentiment d’extrême recueillement, jamais statique, règne. L’instrument, dénué de toute brillance agressive, aux aigus plutôt mats, aux basses boisées sans ampleur excessive, accentue la chaleureuse sensibilité que déploie l’artiste français. Exécution d’une grande concentration, indéniablement sentie, aux teintes sombres, sans les quelques maniérismes qui parsemaient le précédent disque Schubert de David Fray. Très bonne captation, réverbération légère de Notre-Dame du Liban : l’auditeur se sent comme dans un cocon, sensation plaisante.

Les pièces avec son mentor Jacques Rouvier convainquent tout autant. L’entente relève de la symbiose dans la Fantaisie à quatre mains. Tout au plus peut-on attendre davantage d’éclat dans le sommet dramatique, peccadille au regard de l’intensité mise en œuvre. L’intention semble bien de ne jamais briser un rêve qui commence dès les premières secondes de la sonate, pour s’achever quatre-vingt minutes plus tard. L’Allegro Lebensstürme se pose comme un bloc de volonté et de passion d’une admirable densité sonore, et dont les pianissimos irréels nous amènent bien loin, vers des contrées de félicité que seul Schubert pouvait percevoir. Chapeau aux interprètes d’avoir su retranscrire cette vision.

Bertrand Boissard

Schubert : Sonate D. 894, Fantaisie et Allegro « Lebensstürme » à quatre mains. David Fray et Jacques Rouvier (piano). Erato.

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  • marie nicot j'aime