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Intégrale des enregistrements d’Argerich et Abbado : l’accord parfait


Bien qu’on ne saurait oublier les enregistrements de Claudio Abbado avec, entre autres, Friedrich Gulda, Rudolf Serkin et Ivo Pogorelich, c’est en compagnie de Martha Argerich et Maurizio Pollini que la collaboration a atteint son maximum d’intensité. En attendant l’intégrale - celle de l’esprit et de l’amitié - avec ce dernier, voici celle du cœur, avec la magnifique artiste argentine.

Les deux musiciens se sont rencontrés en 1955, quand la pianiste était venue en Europe travailler avec Friedrich Gulda. A cette époque, Claudio Abbado – qui avait vingt-deux ans – étudiait le piano, et Argerich – quatorze ans – lui servait de partenaire d’entrainement dans le 2e concerto de Brahms. Bien plus tard, leur première réalisation au disque sonna comme un coup de tonnerre : la captation en mai et juin 1967 pour Deutsche Grammophon du concerto en sol de Ravel et du 3e de Prokofiev. Si on peut estimer qu’Argerich est allée depuis plus loin en concert dans l’ouvrage du russe, en termes de fantaisie, d’invention ludique, sa première version du concerto en sol n’a sans doute jamais été égalée par qui que ce soit, y compris elle-même dans son remake. Une bourrasque d’énergie, une souplesse inimitable, l’impression que cette œuvre se construit dans l’instant.

Autre coup de cœur : les premiers concertos de Liszt et Chopin, à la fois flamboyants, carnassiers et volatiles. Le 1er de Tchaikovsky a connu au moins une interprétation encore plus éclatante sous ses doigts (avec Kord), mais les 2e et 3e de Beethoven sont plus que bienvenus, affables et charmeurs.

Enfin, l’ultime témoignage en 2013, dans Mozart - que la soliste craint autant qu’elle révère -, d’une merveilleuse variété de sentiments. Argerich devient une sorte de Fregoli des temps modernes, épousant en une fraction de seconde sérénité, lyrisme et inquiétude, au détour d’un phrasé, d’une modulation. Durant quarante-six ans, Claudio Abbado l’a accompagnée avec un dévouement absolu, tissant méticuleusement une toile aux trames changeantes, toujours parfaitement adaptée. Une complicité unique dont les résultats, à caractère éminemment historique, continuent de ravir.

 B.B.

Martha Argerich et Claudio Abbado : the Complete concerto recordings. Deutsche Grammophon. 5 CD.

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  • marie nicot j'aime