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Intégrale des sonates de Beethoven par Maurizio Pollini


C’est avec l’enregistrement des opus 31 et 49 que Maurizio Pollini vient d’achever son intégrale des sonates de Beethoven, réalisée sur une période de près de quarante ans. Deutsche Grammophon célèbre l’événement en publiant, conjointement à ce dernier volume, un coffret qui réunit l’ensemble des 32 sonates en 8 CD.

Les premières sonates, de même que les op.31 et 49, enregistrées entre 2006 et 2014, sont jouées avec beaucoup d’engagement mais ne parviennent pas à convaincre totalement. Il y a certes de très beaux moments, comme le 2ème mouvement de l’op.7 où la profondeur et l’intensité de Pollini font mouche, ou encore le 1er mouvement de l’op.14 n°2 dans lequel l’instrument se pare soudainement de magnifiques couleurs. Mais trop souvent, dans les mouvements extrêmes, cet engagement tourne à l’empressement, voire au raccourcissement des valeurs longues et des silences.

Les sonates opus 10 n°1 et 2, dont l’enregistrement remonte à 2004, constituent sans nul doute l’un des sommets de ce coffret. On y retrouve le très grand Pollini, avec une maîtrise impressionnante, un style impeccable, une grande tension et un sens de l’unité qui ont toujours caractérisé ses interprétations. Le souffle des premières notes de la sonate en do mineur captive immédiatement. La simplicité de phrasé et la palette de couleurs du pianiste italien séduisent dans le mouvement lent, de même que son jeu brillant, extrêmement vivant et très orchestral dans le final. La diversité des timbres de l’orchestre anime aussi l’univers sonore du 1er mouvement de la fa majeur. Dans ce CD également, une belle sonate pathétique au ton grave, tourmenté, au tempo giusto (1er mouvement) et à la réalisation particulièrement léchée (final). Et pour ne rien gâcher, la prise de son est magnifique.

La sonate op.26, interprétée en public au Musikverein de Vienne en 1997, est dans la même veine. Pollini s’y montre particulièrement inspiré (1er mouvement avec variations), stupéfiant de précision (2ème mouvement), implacable et impressionnant dans l’équilibre des voix (marche funèbre). Jouée en public dans la même salle un mois plus tard, la sonate Waldstein compte également parmi les très grands moments de cette intégrale: une maîtrise pianistique et un sens de la forme toujours aussi impressionnants, et de magnifiques atmosphères énigmatiques.

L’op.27 n°2 (Clair de lune) séduit également par sa très grande simplicité, sa pudeur, une conduite de phrase exemplaire (1er et 2ème mouvements) et une clarté de jeu exceptionnelle (Presto agitato). Tout comme la sonate “A Thérèse” qui est un moment de grâce pure où l’on quitte la sphère instrumentale pour se laisser porter par l’univers sonore subliment coloré de Pollini. Dans le 1er mouvement des Adieux, il offre une lecture très analytique dans laquelle s’exprime toute sa science de l’équilibre sonore. Les voix sont conduites comme si elles étaient chacune jouées par un instrumentiste différent, mettant ainsi en lumière la modernité de l’écriture, tout en préservant l’unité de l’oeuvre.

Bien que jouées remarquablement, certaines sonates souffrent d’une sagesse excessive (Appassionnata, 1er mvt de l’Hammerklavier), ou manquent d’une certaine dimension poétique (1er mvt des op.109 et 110).

Parmi les très belles réussites de ce coffret, citons également la fugue de l’op.106, stupéfiante par sa clarté polyphonique, bien que l’urgence et le vertige de la démesure que l’on peut entendre chez Richter en soient absents. Mais aussi l’op.101 et surtout l’op.111, avec un 1er mouvement sombre sans être pesant – très loin de la volubilité trop souvent entendue qui dénature l’oeuvre –, et un 2ème mouvement dans lequel Pollini sous-tend magnifiquement les interminables phrases et crée une atmosphère céleste remplie de sonorités merveilleuses.

Mathieu Papadiamandis

 

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