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Sunwook Kim à Pleyel : dans les hauteurs


Sunwook Kim a fait son apparition sur les scènes parisiennes en 2011 - en remplacement d’Ivan Moravec – et a été à nouveau invité par la série Piano **** pas moins de quatre fois en récital et autant en musique de chambre.

Il affectionne les programmes « à l’ancienne », de ceux qu’un Perahia ou un Radu Lupu pourraient invoquer. Pas de Rachmaninov, ni de Liszt, ni de Chopin sous les doigts de l’artiste coréen. D’autres s’en chargent. D’ailleurs, la seule fois où on l’a entendu dans une œuvre hors sphère austro-allemande – le 2e concerto de Prokofiev –, le résultat ne fut pas entièrement convaincant. Né en 1988, il n’aime rien tant que se frotter aux chefs d’œuvres les plus intimidants de la littérature pianistique, comme les trois dernières sonates ou la Hammerklavier de Beethoven. On se souvient ainsi dans les saisons passées d’une sonate D.959 de Schubert vibrante, de Kreisleriana de Schumann intenses, d’une admirable 3e sonate de Brahms.

Passons rapidement sur la 2e Partita de Bach : quelques duretés dans les forte aigus, discours un peu lénifiant. Le vainqueur des concours de Leeds et Clara Haskil n’est par contre pas loin de subjuguer dans Prélude, choral et fugue de César Franck. Timbres boisés, contrôle exemplaire des plans sonores : le deuxième mouvement génère une émotion d’autant plus profonde qu’elle est contenue et noble. Quelle maîtrise, quelle maturité rayonnante ! Les Variations Abegg de Schumann apportent à ce programme ambitieux et assez sévère un brillant et une fantaisie bienvenus. Sunwook Kim aborde la 1ère sonate du même compositeur avec sang froid, refusant de s’abandonner à la fièvre de cette partition particulièrement difficile à appréhender. Cette volonté de rationaliser le délire se défend – et avec quelle souveraine aisance il le fait –, mais on peut imaginer interprétation prenant davantage l’ouvrage à bras le corps, plus de passion. Mais avec quelle évidence quelques mesures d’une tranquille désolation (marquées "semplice", dans le finale) s’élèvent, venues de nulle part, s’évaporant aussi vite qu’elles étaient arrivées. Sérieux et exigeant jusqu’au bout, Sunwook Kim propose en guise de bis Thème et Variations (d'après le deuxième mouvement du premier septuor) de Brahms. Une conclusion d’une poignante grandeur pour un musicien impeccable.

Bertrand Boissard

Sunwook Kim, Paris, Salle Pleyel, le 12 décembre 2014.

 

Photo : Hajin Ahn

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