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Nelson Freire, Radio Days: un jeune maître à l'oeuvre


Nelson Freire, Radio Days: un jeune ma\u00eetre \u00e0 l'oeuvre

Pour célébrer les soixante-dix ans du pianiste Nelson Freire, voici que paraît chez Decca une sélection d'enregistrements radiophoniques réalisés entre 1968 et 1979 (parallèlement à un disque Beethoven chroniqué ici). Dans ce double CD intitulé Radio Days, quelques piliers du répertoire concertant de sa jeunesse (Liszt n°2, Tchaikovsky n°1, Rachmaninov n°3) côtoient des oeuvres qu'il n'a que très peu interprétées (Introduction et Allegro de concert de Schumann et 1er concerto de Prokofiev).

Autant le dire tout de go, le pianiste brésilien émerveille de bout en bout. Dans le 1er concerto de Chopin, un jeune maître de 24 ans est à l'oeuvre. Son discours captive, tant la phrase est magnifiquement conduite et le rubato naturel, sans affectation. L'orchestre symphonique de la NDR, dirigé par Heinz Wallberg, offre un très bel écrin à son jeu subtil et poétique (2ème mouvement). Bien qu'il s'agisse de sa toute première exécution du concerto, Nelson Freire est totalement dans son univers et se joue des redoutables défis de la partition.

Les mêmes qualités se retrouvent dans le 2ème concerto de Liszt où un véritable dialogue chambriste s'installe dans les deux premiers mouvements entre le pianiste et les solistes des différents pupitres de l'orchestre symphonique des Bayerischen Rundfunks, admirablement dirigé par le chef brésilien Eleazar de Carvalho. Et lorsque le piano se fait plus virtuose, Nelson Freire ne tombe jamais dans la démonstration ou dans l'effet facile.

Son travail d'orfèvre sur la palette de couleurs et la gradation dynamique donne un intérêt tout particulier à ce 1er concerto de Tchaikovsky, trop souvent asséné. Un élan extraordinaire traverse ce premier mouvement dont le moment de pure grâce est sans conteste la cadence conclusive. C'est un sentiment d'extrême sérénité qui prédomine dans l'Andantino, avant que ne surgisse la partie centrale Allegro Vivace assai exécutée avec une précision pianistique diabolique (nuances, couleurs, accentuation). Mais bien que les moyens de Nelson Freire soient ébouriffants, ils ne se font entendre que pour servir l'oeuvre.

Dans le 1er concerto de Prokofiev, si l'âpreté et la noirceur sont bien présentes, le piano n'est jamais réduit à son aspect percussif et se pare ici aussi de timbres et de couleurs multiples. L'exposition du thème du 2ème mouvement au piano est un moment de beauté pure, bien que la direction de Yuri Ahronovitch ne soit pas des plus passionnantes.

Lorsque l'on pense au 3ème concerto de Rachmaninov, le nom de Nelson Freire ne vient pas spontanément à l'esprit. Et pourtant. Cette version, en public, se place immédiatement aux côtés des plus grandes. Le pianiste brésilien convainc ici encore par un phrasé naturel, un engagement de tous les instants, un jeu inspiré alternant poésie et passion (quel 2ème mouvement !), électrisant (3ème mouvement). Tout cela dans une entente parfaite avec le chef David Zinman.

M.P


Nelson Freire / Radio Days - The concerto broadcast 1968-1979. 2 CD.  Chopin: Concerto pour piano n°1 en mi mineur op.11, NDR Sinfonieorchester, dir. Heinz Wallberg. Schumann: Introduction et Allegro de concert en ré mineur op.134, Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, dir. Reinhard Peters. Tchaïkovsky: Concerto pour piano n°1 en sib mineur op.23, Orchestre Philharmonique de l'ORTF, dir. Kurt Masur. Prokofiev: Concerto pour piano n°1 en réb majeur op.10, Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, dir. Yuri Ahronovitch. Liszt: Concerto pour piano n°2 en la majeur S.125, Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, dir. Eleazar de Carvalho. Rachmaninov: Concerto pour piano n°3 en ré mineur op.30, Rotterdam Philharmonic Orchestra, dir. David Zinman. 

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