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Lucifer de Guillaume Connesson : sous le haut patronage du Malin


Le ballet Lucifer rejoint les Méphisto valses de Liszt, le Scherzo diabolico d’Alkan et autres Poème satanique de Scriabine au rang des œuvres placées sous le signe de Belzébuth.

Guillaume Connesson (né en 1970), ancien disciple de Marcel Landowski et héraut d’un certain retour à la tonalité, possède un sacré métier. Avec ses dons d’orchestrateur, son talent indéniable pour les effets spectaculaires très visuels, on lui ferait un pont d’or à Hollywood. Ceci dit sans mépris, nous avons trop d’admiration pour les meilleurs compositeurs de musique de films, de Max Steiner à Jerry Goldsmith, de Jerry Fielding à Gabriel Yared. A un début extraverti succèdent des volutes sonores oniriques, nous amenant dans un Ailleurs mystérieux. Orchestration bigarrée : on pense parfois au Bernard Herrmann de la Mort aux trousses ou au Stravinsky de l’Oiseau de feu. Le compliment n’est pas mince. Cette grande machine s’emballe peu à peu, la pompe du volet intitulé « la Rencontre » flirtant dangereusement avec un certain ridicule. Une Rencontre du 4e type ? Par la suite, l’orgue fantomatique semble joué par quelque savant fou échappé d’un film de Terence Fischer. Une musique des plus divertissante.

Le concerto pour violoncelle ne peut cacher sa filiation avec des modèles éprouvés. Une œuvre dans la lignée de celles de Chostakovitch, en son début incantatoire très rythmique, volontiers épique, sa ligne d’un grand lyrisme confiée au soliste. L’ouvrage, tour à tour foisonnant ou éthéré et énigmatique, ne laisse pas indifférent. Quelques oiseaux au loin (incarnés par les flûtes), un violoncelle aux longues phrases extatiques : le Paradis du 3e mouvement - du Messiaen digéré et revisité – convainc largement. L’orgie finale balance entre Leonard Bernstein, Khatchatourian et le Moulin Rouge. Saluons un bel orchestre de Monte-Carlo emmené avec énergie sur ces contrées de l’imaginaire par Jean-Christophe Spinosi, et l’engagement sans faille - notamment dans une cadence échevelée - de Jérôme Pernoo.

 

Bertrand Boissard

 

Guillaume Connesson : concerto pour violoncelle, Lucifer, ballet en deux actes. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Jean-Christophe Spinosi. DG 481 1166.

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