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Menahem Pressler, Paavo Järvi et l’Orchestre de Paris en concert salle Pleyel


Quand le Beaux Arts Trio mit volontairement un terme à l’existence d’une des formations de musique de chambre les plus adulées de l’histoire contemporaine, après plus d’un demi-siècle de prestations publiques, beaucoup ont cru que les adieux de Leipzig marqueraient pour Menahem Pressler, l’âme et le pilier du groupe, une sorte de Schlussklappe. A Bloomington, le maestro lui-même nous confia sa crainte de l’avenir, par bonheur fugitive, qu’un idéal élevé de son art, soutenu par l’attente admirative des mélomanes, s’apprêtait de toute manière à pulvériser. Imaginait-on musicien de cette envergure se retirer pour aller taquiner la balle sur un green de Floride ?

Nombre de commentateurs se sont émerveillés depuis de la flamboyance de sa « seconde », ou « nouvelle » vie de pianiste. Peu d’interprètes, certes, y compris parmi les plus grands, auront eu comme lui le privilège de débuter avec le Berliner Philharmoniker, le Concertgebouw d’Amsterdam ou l’Orchestre du Mariinsky de Saint-Pétersbourg à l’âge de 90 ans. Mais s’il fallut attendre 1995 pour l’acclamer en récital à Carnegie Hall, sans doute serait-il plus judicieux de considérer que la carrière solo de Menahem Pressler, qui n’a jamais cessé d’enseigner, se contente au fond là… de reprendre ses droits. Car c’est bien en tant que soliste, formé comme tel et dévoré du feu sacré, que M. Pressler s’est inscrit d’emblée au firmament musical international : lorsqu’il se produit en trio pour la première fois de sa vie – dans l’opus 49 de Mendelssohn, au kibboutz Maale Hakhamicha, sur les hauteurs des Monts de Judée – il ignore simplement qu’il pose la première pierre d’un édifice destiné à durer.

Maintes fois récompensée, l’imposante discographie du Beaux Arts ne devrait pas occulter que le legs individuel de son fondateur fait état d’œuvres aussi diverses que la 9e Sonate de Prokofiev, les 24 Préludes de Chostakovitch, la Sonate de Paul Ben-Haïm, la Fantasia beatica de Falla, Córdoba d’Albéniz, les 39 morceaux pour enfants que Bartók a tirés de Chants populaires slovaques, auxquels s’ajoutent une sélection de Polonaises, de Mazurkas de Chopin, et plusieurs pièces françaises : un récital Debussy (MGM E3054), les Histoires d’Ibert avec leur âne blanc tiré d’une prière de Francis Jammes, Idylle de Chabrier, Pastourelle de Poulenc, Touches blanches, touches noires de Milhaud. Combien d’amateurs se souviennent que M. Pressler tient le célesta dans une version du Carnaval des animaux que conduit Izler Solomon ?

Pour leur part, ses enregistrements avec orchestre incluent notamment, gravés sous la direction d’Hans Swarowsky, les Concertos en sol mineur de Mendelssohn et fa mineur de Chopin ; le Concerto en ut de Beethoven, gravé sous celle de Moshe Atzmon (avec le Wiener Staatsopernorchester), en plus des Concertos K. 449, 450, 453 et 491 de Mozart qu’Edgar Seipenbusch et Wilfried Böttcher dirigent à la tête du Wiener Kammerorchester.

En vérité, Menahem Pressler enregistra Brahms et Schumann aussi tôt qu’en 1947, pour la MGM Records (Valse en la bémol, Wiegenlied, Arabesque, extraits de Carnaval et des Kinderszenen). C’est d’ailleurs précisément parce qu’il souhaitait consigner sur microsillons l’un ou l’autre des chefs d’œuvre de la musique de chambre de Mozart que le Beaux Arts Trio vit le jour : à M. Pressler, Robert Casadesus présenta Daniel Guilet, le Daniel Guilevitch du Quatuor Calvet, concertmaster de Toscanini dans l’Orchestre de la NBC ; Guilet présenta Bernard Greenhouse à M. Pressler… La suite est désormais légendaire.

Aujourd’hui, c’est à Mozart encore, et à Didier de Cottignies, le directeur artistique de l’Orchestre de Paris, que nous devons ces témoignages captés sur le vif à la salle Pleyel. Dirigée par Pierre-Martin Juban pour Euro Arts, cette coproduction La Grande Musique / Orchestre de Paris permet d’entendre Menahem Pressler dans deux concertos « tardifs », dans une pièce pour piano solo, ainsi que dans le Clair de lune extrait de la Suite bergamasque de Debussy. Précisément, le Concerto K. 488 et le Rondo K. 511 ont été enregistrés le 29 janvier 2014, lors du concert d'anniversaire offert aux 90 ans du pianiste (si notre mémoire est bonne, le concerto était précédé d’une symphonie de Haydn, L’Ours, et des symphonies n° 6 et 7 de Jean Sibelius). Pour leur part, le Concerto K. 595 et le bis debussyste ont été filmés le 17 octobre 2012.

La complicité musicale qui unit Paavo Järvi à Menahem Pressler, transporté dans ces pages qu’il dit chérir entre toutes, se double dès les premières mesures d’une sollicitude touchante à l’égard du soliste, que les rangs au complet couronnent bientôt de leurs applaudissements. Surtout, la direction incisive du chef d’orchestre se trouve renforcée par l’autorité du premier violon et des chefs de pupitre aux commandes : clarinettes, flûte, hautbois, cors et bassons, dont les timbres chaleureux, l’articulation, le phrasé typés relèvent d’une tradition qui sert ce répertoire à merveille.

En bonus, comme l’on dit, un quart d’heure de conversation inédite entre M. Pressler et P. Järvi.

 

Euro Arts 2059888 (82 + 14 mn)
1 DVD toutes zones, livret en français, anglais, allemand. Parution le 20 septembre 2014

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