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Lili Kraus. Intégrale des enregistrements Parlophone, Ducretet-Thomson, Les Discophiles Français (1933-1958)


Lili Kraus (1903-1986) a laissé une empreinte durable dans la mémoire de ceux qui ont eu la chance de l’entendre en concert. Personnalité forte et originale, dont l’existence fut digne d’un roman, cette contemporaine de Claudio Arrau, de Rudolf Serkin et Vladimir Horowitz, née Krauss à Budapest, s’est éteinte aux Etats-Unis munie de la citoyenneté néo-zélandaise après avoir traversé le siècle, deux guerres mondiales, survécu aux camps japonais de Java – où elle fut internée en 1943 – et résidé dans la capitale des Habsbourgs, à Côme, Londres, Berlin, Christchurch et Auckland aussi bien qu’à Nice, Versailles, Paris, Johannesburg et Capetown, Sydney, Fort Worth, Bandung et Bali.

Interprète marquante des classiques viennois, élève dans sa ville natale de Zoltan Kodály, Arnold Székely (l’élève de Busoni), Leo Weiner, Severin Eisenberger (un disciple de Leschetizky), d’Eduard Steuermann, le fidèle de Schoenberg, et surtout de Béla Bartók et d’Artur Schnabel, Lili Kraus excella dans un répertoire resserré dont la Sonate de Stravinsky, écrite en 1924, marqua le terme. Renouvelant l’exploit de Nadia Reisenberg et Myra Hess, elle joua de mémoire l’ensemble des concertos de Mozart en neuf soirées et demeure la première femme à avoir enregistré l’intégrale des Sonates pour clavier du compositeur, auquel elle est si souvent associée dans l’inconscient collectif.

Parallèlement à sa carrière de concertiste (entamée dès 1921), Lili Kraus mena dans les studios d’enregistrement, jusqu’à l’aube des années 1980, une activité intense qui reflète aujourd’hui la marche du progrès technologique (78 tours, microsillons monaural puis stéréophonique) autant qu’elle documente l’évolution de son jeu.

Riche de 31 CD, ce coffret exceptionnel réunit pour la première fois l’ensemble des disques que Lili Kraus réalisa pour Parlophone, Les Discophiles Français et Ducretet-Thomson entre 1933 et 1958, remasterisés en la circonstance (24 bit / 96 kHz) par le Studio Art & Son au départ des supports d’origine sous la supervision de Philippe Morin. Si les bandes magnétiques étaient toutes conservées dans les archives d’EMI, il fallut pour rassembler des 78 tours devenus parfois difficiles à localiser (plus encore qu’à dater) recourir aux fonds de la Discothèque centrale de Radio-France, de chercheurs, de directeurs artistiques et collectionneurs privés tels que Claude Fihman, Pierre Landau, Alain Deguernel, Daniel Nevers, René Quonten et Mike Gray, sans oublier le compositeur Antoine Duhamel, disparu le 11 septembre dernier, qu’André Charlin (1903-1983) avait engagé auprès de lui en 1954, qui voulut bien nous faire part également, à Valmondois, de ses « vieux souvenirs précis des dames Kraus, Marcelle Meyer et suivantes » (sic).

Au programme, figurent ici les premières traces sonores officielles de Lili Kraus, parmi lesquels la Marche turque de Mozart, la Valse en mi mineur de Chopin (compositeur qu’elle ne joua guère par la suite), gravés en Allemagne pour Odéon en 1933 ; la Sonate D. 784, quelques Ländler, les Valses nobles D. 969 de Schubert (Londres, 1937-1938) ; l’Impromptu en fa dièse (op. 36) et le 4e Prélude de Chopin (Londres, 30 avril 1937), les Six danses populaires roumaines et les Rondos sur des airs populaires de Bartók (Londres, 23 août, 7 octobre 1938) ; mais aussi le 18e Concerto (Orchestre Philharmonique de Londres, dir. Walter Gœhr), la Sonate et la Fantaisie en do mineur et diverses pièces de Mozart (Londres, 1937-1939) ; les Variations en fa mineur, les Trios n° 40, 43 et 45 de Haydn enregistrés avec Szymon Goldberg et Anthony Pini (Londres, 29 août, 1er septembre 1939) ; les Sonates pour piano et violon de Mozart (Londres, 5 novembre 1935-25 février 1936). Une place particulière doit être réservée à cette interprétation superbe et méconnue des Variations Eroïca de Beethoven, qui trahit clairement l’influence de Schnabel (Londres, 27 juillet 1939, Parlophone R. 20.470/20472, mx : CXE 10027-2, 10028-1, 10058-4, 10059-1, 10060-1, 10061-2).

S’y ajoutent les Sonates pour violon et piano de Beethoven (op. 12 n° 2, op. 24, op. 30 n° 1, op. 47 et op. 96), saisies à Tokyo au printemps 1936 ainsi qu’à Londres entre le 30 novembre 1936 et le 23 avril 1937, en compagnie du violoniste polonais. C’est précisément l’association de Lili Kraus avec celui qui n’était plus alors que « l’ex-premier violon de la Philharmonie de Berlin », exclu de son poste en application des lois raciales promulguées à Nuremberg par le Reich, qui contribua le mieux à établir sa réputation de pianiste à l’échelle internationale. Nouée à l’automne 1934 (Goldberg remplaçait en fait Daniel Karpilowsky, le premier archet du Quatuor Guarneri), cette belle entente musicale culmina comme l’on sait lors de deux tournées menées au Japon ainsi qu’aux Indes orientales néerlandaises au cours du premier semestre de l’année 1936. Pour diverses raisons, politiques autant que personnelles, le duo légendaire Kraus-Goldberg ne devait se reformer qu’une seule fois aux lendemains de la Deuxième Guerre : en 1975 aux Pays-Bas, le violoniste endossant alors l’habit du chef d’orchestre.

Si les sessions londoniennes de mai et novembre 1948 représentent une part importante de la compilation – Impromptu en si bémol majeur op. 142 n° 3, Impromptu en mi bémol majeur op. 90 n° 2, Sonate D. 845 de Schubert ; Concerto « Jeunehomme » (Orchestre Philharmonia, direction Walter Süsskind) et Sonate en si bémol K. 333 de Mozart, l’essentiel demeure constitué par le groupe des Discophiles Français (Paris, Vienne, 1954-1959).

De Mozart : intégrale des Sonates pour piano solo, Variations (sur La belle Françoise, Salve tu Domine de Païsiello, Come un agnello de Sarti), Fantaisies K. 396, 397 et 475, Menuet en ré K. 355, Rondo en la mineur K. 511, Adagio en si mineur K. 540, Gigue en sol K. 574 ; Intégrale des Sonates pour piano et violon avec Willi Boskowsky, intégrale des Trios (Willy Boskowsky, Nikolaus Hübner) ; Trio « Les Quilles » (François Etienne, clarinette, Pierre Pasquier, alto) ; Adagio et rondo en mi bémol K. 617 pour harmonica de verre (Jean-Pierre Rampal, flûte, Pierre Pierlot, hautbois, Pierre Pasquier, alto, Etienne Pasquier, violoncelle) ; Quintette en mi bémol K. 452 (Pierre Pierlot, hautbois, Jacques Lancelot, clarinette, Gilbert Coursier, cor, Paul Hongne, basson) ; Concertos n° 9 et 20 (orchestre de chambre du Konzerthaus, dir. Boskowsky).

De Haydn : cinq Sonates pour piano seul - n° 32 en sol mineur, Hob. XVI / 44, n° 31 en la bémol Hob. XVI / 46, n° 53 en mi mineur Hob. XVI / 34, n° 59 en mi bémol majeur Hob. XVI / 49, n° 62 en mi bémol majeur Hob. XVI / 52 (Paris, 1953, 1956).

De Beethoven : intégrale des Sonates pour violon et piano (Willi Boskowsky, Vienne, Paris, 1954-1956) ; trois Sonates pour piano seul : La Tempête, la Waldstein, l’Op. 109 (Paris, 1953, 1954) ; Variations Eroïca (1953).

De Schubert : les Sonatines pour piano et violon (D. 384, 385, D. 408, Willi Boskowsky, Paris, 1957) ; une série de pièces pour piano à quatres mains (Divertissement à la hongroise en sol mineur D. 818, Variations D. 603, Polonaises D. 824), enregistrées avec Homero de Magalhães.

De Brahms enfin : Variations sur un thème de Schumann, op. 9, Capriccio en si mineur op. 76 n° 2, Rhapsodie en sol mineur op. 79 n° 2, Intermezzi op. 116 n° 4, op. 117 n° 1 et 2 (Paris, 1957).

Le livret trilingue reproduit 31 macarons de 78 tours ou pochettes de microsillons dans leur présentation d'origine. Dans le cas des 78 tours, les dates d’enregistrements, numéros de matrices et nombre de prises ont été chaque fois indiqués. L’ensemble est disponible à partir du 29 septembre au prix de 55 €

Warner Classics 
Erato : 0825646242238

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