Accueil Piano News » CD » Chroniques » Un coffret pour l'honnête homme du XXIe siècle

Un coffret pour l'honnête homme du XXIe siècle


Le coffret, magnifique, dans un emballage cartonné solide, fait rêver avant même de l’ouvrir. Dans ce deuxième volume de la légendaire collection Living Stereo, se nichent de nombreux classiques qu’on a plaisir à retrouver, des pépites et quelques surprises. Avec toujours les pochettes d’origine et ces prises de son, souvent exceptionnelles de présence, qui ont fait sa réputation.

On ne saurait passer en revue les 60 CD (1956-1967) de cette malle aux trésors. Les amateurs de piano y trouveront leur compte, avec pas moins 18 CD, dont 16 en soliste. En vedette : Arthur Rubinstein. Qui s’en plaindrait ? On déguste ainsi les cinq concertos de Beethoven avec Josef Krips. Version toute classique et lumineuse, apte à remettre certaines pendules à l’heure. L’allegro moderato du 4e sous les doigts du polonais ? Un flux envoûtant. Par le même artiste, une intégrale des Nocturnes de Chopin, sa troisième (1967), après celles de 1937 et 1959. La plus lente de toutes : il faut entendre comment il savoure l’op. 9 n°3, détaillé, « humé » avec amour. Un sentiment intime sous-tend sa vision et touche au cœur. A la fois noble et délicat, son concerto de Grieg respire la sérénité.

Nantis de deux disques chacun, deux vétérans (nés en 1928) du piano américain sont mis à l’honneur. Byron Janis apparaît dans les Tableaux d’une exposition (enregistrement resté inédit jusqu’en 2013) et sa première mouture du concerto n°1 de Rachmaninov, cinq ans avant la captation avec Kondrachine (celui du générique de l’émission Apostrophes). Une version se signalant par un orchestre mis en avant et particulièrement riche (Reiner aux commandes). Gary Graffman, quant à lui, dispense, aux côtés de Munch un 1er concerto de Brahms solide. Son «virtuoso Liszt » promis se retrouve parfaitement à l’écoute (la Campanella !). Horowitz (Beethoven), Gilels (Schubert), Van Cliburn (des Chopin «favoris ») n’ont pas été oubliés. Concernant le 2e concerto de Brahms par Richter, prévoir force compresses pour éponger l’auditeur liquéfié par cette interprétation d’une beauté convulsive.

Pour le reste, les amateurs d’opéra italien seront servis et aussi, plus inattendu, ceux de luth (Julian Bream). Beaucoup d’orchestre bien entendu, avec un Fritz Reiner se taillant la part du lion, dans notamment quelques enregistrements fabuleux de Tchaikovsky, Stravinsky, Prokofiev (tétanisant Alexandre Nevsky), Hovhaness et sa « Montagne mystérieuse ». S’il fallait mettre un disque en valeur, ce serait sans nul doute celui signé du génial Kirill Kondrachine, consacré à la suite Masquerade de Khatchatourian et aux Comédiens de Kabalevsky : un plaisir absolu, une orgie sonore inoubliable.

Un coffret d’une grande diversité de répertoires, par des artistes au dessus du lot, recommandé à l’honnête homme du XXIe siècle, dont on peut estimer qu’il ne possède pas déjà les intégrales Reiner, Rubinstein, Graffman, Janis, précédemment parues.

 Bertrand Boissard

Living Stereo. Collection vol. 2. 60 CD. RCA 88843003502.

 

0 commentaire