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Annie Fischer - The Complete London Studio Recordings - Icon Series


Disciple d’Ern? Dohnányi, au même titre que György Cziffra, Georg Solti, Andor Földes, Mischa Levitzki, Ervin Nyiregyházi, Géza Anda ou Edward Kilenyi, Annie Fischer fut la première lauréate, en 1933, du Concours Franz Liszt de Budapest (sa ville natale). Beethovénienne réputée, elle se distinguait par l’intégrité de son jeu, la force de ses visions personnelles et l’autorité implacable de sa projection sonore, qui la rapprochaient à de nombreux égards de Maria Grinberg (1908-1978) dont les moyens étaient toutefois supérieurs.

Pour célébrer le 100e anniversaire de sa naissance, Warner Classics réunit aujourd’hui l’ensemble des enregistrements de studio qu’Annie Fischer réalisa à Londres entre novembre 1955 et mai 1962, au sein d’un coffret de la collection « Icon » où elle prendra désormais place aux côtés de Witold Malcuzynski, John Ogdon, Claudio Arrau, Alicia de Larrocha, Edwin Fischer, Emil Gilels, Arthur Rubinstein, Artur Schnabel, Walter Gieseking, Solomon et Dinu Lipatti. Aux œuvres pour piano seul déjà présentes dans le coffret d’« Introuvables », paru en 1996, s’ajoutent ici l’ensemble des pièces concertantes qu’EMI avait diffusées, notamment sous étiquette Great Recordings of the Century.

Beethoven, Schubert, Schumann forment le répertoire solo : Sonates op.13 (Pathétique), op. 27 n°2 (Clair de Lune), op. 31 n°3, op. 53 (Waldstein), op. 78, op. 109 et op. 111 ; Sonate D.960, Impromptus D.935 n°2 et 4, en la bemol majeur et fa mineur ; Carnaval, Scènes d’enfants, Kreisleriana et Fantaisie. Suivent six concertos de Mozart, n°20, 21, 22, 23, 24, 27, avec cadences de Beethoven, Hummel et Busoni (Philharmonia et New Philharmonia Orchestra, direction Adrian Boult, Wolfgang Sawallisch, Efrem Kurtz). Le Concerto de Schumann et le 1er de Liszt sont dirigés par Otto Klemperer. Quant au 3e de Bartók (London Symphony Orchestra, direction Igor Markevitch), il est antérieur au célèbre live capté sous la baguette de Ferenc Fricsay (supérieur à la version officielle de Geza Anda), mais contemporain de la version de concert, plus faible, qui fut donnée avec László Somogyi à la tête de l’Orchestre national de Hongrie (1955).

Réservons une place particulière, dans ce vaste ensemble, à cette Sonate op. 111 d’une rare homogénéité de conception, déroulée avec calme, à la façon du Kempff d’avant-guerre. Un jeu droit, clair de lignes. Loin de toute prétention métaphysique, sans héroïsme superflu, Annie Fischer saisit et restitue là l’essence de la variation beethovénienne, unifiant chacune des plus infimes parties de l’œuvre avec une rigueur, une probité, une logique sensibles en lesquelles d’aucuns auront vouloir voir de la froideur. Lili Kraus elle-même aura jugé parfois sa cadette et compatriote avec sévérité, sinon jalousie, en prétendant qu’elle « ne manifestait pas suffisamment d’amour dans l’interprétation des pages Schumann ».

A des années de distance, on reste pourtant séduits par la fougue, les emportements passionnés des Kreisleriana, par les prises de risques émaillant la Fantaisie, ce long voyage qui s’achève dans des profondeurs d’orgue. Dans le Concerto de Liszt, l’art des transitions, les tempi de Klemperer, plus judicieux qu’il n’y paraît de prime abord (contrôle de la pulsation et gestion du temps ne s’apparentent pas à « lenteur ») révèlent la face cachée d’une œuvre profonde, que des excès de virtuosité gratuite auront dénaturée.

 F.G

 

 

« Annie Fischer (1914-1995) : The Complete London Studio Recordings » (8 CD). Icon - Warner Classics 2564 63412-3

 

 

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