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25ème Concours des Grands Amateurs de piano


Fondé il y a un quart de siècle par l'économiste Gérard Bekerman, directeur d'un magister de Techniques bancaires et financières à l'université, actuel président de l'Afer, le Concours des Grands Amateurs de piano est probablement la seule institution de ce type qui n'admette officiellement « aucun juge », n'oppose « ni concurrent, ni adversaire », mais confronte plutôt « des amis de la musique venus de tous horizons » sans programme imposé ni limite d'âge. Seule condition requise : « que ceux-ci ne tirent pas leurs revenus de leur activité pianistique ».

 

Célébrée dans le grand amphithéâtre de l'Université Panthéon-Assas (où Samson François, Arthur Rubinstein, Alfred Brendel, Maurizio Pollini, Alexis Weissenberg, Daniel Barenboïm, Martha Argerich, Nelson Freire ou encore Vladimir Ashkenazy se sont faits acclamer), la finale de l'édition 2014, suivie comme toujours par la presse du monde entier, sut tenir son auditoire en haleine.

 

Six candidats sélectionnés à l'issue de deux premiers tours, parmi les 90 d'origine, pouvaient prétendre au grand prix : un concert avec orchestre assorti d'un chèque de 3000 €. Parmi les membres du jury, on relevait la présence de Pierre Cheremetiev, Marc André, Tristan Pfaff, Jean-Paul Sevilla, Michel Dalberto, Yves Henry, Christie Julien, Germaine Devèze (ancienne disciple de Marguerite Long et lauréate du Concours Busoni), Christian Debrus et Bruno Rigutto.

 

Une question se posait à ces professionnels du clavier : quel type d'accomplissement récompenser ? Excellence du niveau technique atteint ? Unité de l'interprétation ? Originalité de la conception ?

 

A de nombreux égards, la victoire du polytechnicien Antoine Moreau (un ancien élève de l'Ecole nationale de la Statistique et de l'Administration économique), sembla logique en dépit d'un Scherzo en si mineur de Chopin de peu d'attrait, tant son exécution de la difficile sonate Choral et variations d'Henri Dutilleux fut exacte et limpide. Toutes choses égales, son programme fut certainement le plus homogène, à défaut d'avoir été le plus captivant.

 

De trente ans son cadet, le russe Mikhaïl Dubov (dont on peut voir et entendre les prestations ici) ne fut au fond sanctionné que par son irrespect des carrures, préjudiciable dans les pages de Ravel en particulier, où les tempi s'étirèrent au mépris des exigences pourtant proverbiales du compositeur. Quoiqu'un peu faible de projection (Liszt), ce jeu-là n'en demeura pas moins nuancé, bien timbré, et surtout, constamment musical (Medtner, Kapustin). C'est à Mikhaïl Dubov qu'un collège quasi-unanime de critiques, de musicologues et de journalistes choisit d'ailleurs de remettre son Prix spécial – sa personnalité s'avérant décisive face au jeu franc, remarquablement maîtrisé mais un peu effacé de l'américaine June Wu, qu'un meilleur choix de répertoire eût sans doute favorisée.

 

Pour sa part, le public invité à voter préféra se griser de la 7ème Sonate de Prokofiev, trop difficile pour lui, que l'analyste quantitatif Thomas Prat avait courageusement voulu dompter. Superbe audace qui lui valut les suffrages du plus grand nombre !

 

F.G

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