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Here we are again...

  • georges morel
    • 12 message(s)
    29 novembre 2018 11:39:42 CET

    Bonjour tout le monde.

    Le piano et moi, c'est une vieille histoire. J'ai commencé tout gosse, mais chez deux vieilles dames, un cours "à la naphtaline", qui me motivait assez peu. Puis, on a déménagé, ma mère m'a demandé si on gardait le piano, j'ai eu le tort de répondre que non. J'avais huit ans.

    Ensuite, vers mes 14 ans, ai croisé la route de musiciens qui m'ont vraiment interpellé, sur le plan émotionnel, qui proposaient quelque chose qui m'a enthousiasmé. Je ne cite pas tout le monde, mais bon, Genesis, King Crimson, Magma, Eberhart Weber, puis Steve Reich. Egalement, certains jazzmen un peu hors normes, Mc Coy Tyner et Coltrane, mais aussi Michael Brecker, Miles Davis... Etant assez compositeur (à l'instinct, j'ai des problèmes avec la lecture, surtout le mélange des clés), j'ai tendance à m'intéresser à tous les instruments dans un groupe, et pas uniquement les claviers, même si c'est ce qui me séduit le plus. C'est l'interaction des instruments qui me fascine, la façon dont une boucle se construit, se casse, comment s'enchaînent des thèmes, comment on introduit des variations, la notion de progression, etc.

    J'ai craqué tout spécialement, je l'avoue, sur le Fender Rhodes, dont j'adore la sonorité, vraiment unique. Mai j'aime l'acoustique aussi. Surtout quand on utilise les combinaisons d'accords jazz, block chords et autres. 

    Je m'y suis donc remis vers 14 ans, mais la vie m'a entraîné ailleurs et vers 19 ans, j'ai été obligé de cesser, car j'ai quitté le domicile de mes parents pour reprendre des études. J'ai cru, dans un premier temps, pouvoir continuer, mais c'était matériellement impossible.

    Plus tard, les études terminées, j'ai découvert la MAO et me suis mis à composer énormément de jazz fusion, inspiré par ceux dont j'ai parlé plus haut.

    Je n'osais plus aborder le piano, j'estimais que trop de temps avait été perdu, et j'étais, en quelque sorte, paralysé par l'instrument, j'osais à peine en toucher un quand j'en avais l'occasion. Je m'estimais nul, la cause était perdue, mais ça me faisait beaucoup souffrir.

    Finalement, j'ai craqué il y a environ deux ans, j'ai pris des cours avec un jazzman de ma région. Ensuite, il y a eu une interruption de quelques mois - j'ai mal vécu une séparation - et quand j'ai repris contact, je n'arrivais pas à joindre ce pianiste, débordé. Je suis resté un peu seul "dans la nature", en m'entraînant comme je pouvais : gammes, notes tenues, exercices genre "le déliateur", et ensuite, étude de standards de jazz, avec la partition mais le plus souvent, en me basant sur ce que je comprenais, à l'oreille.

    Finalement, j'ai retrouvé un prof dans une école de musique il y a peu, c'est un virtuose, il est connu à l'international, etc. Quand j'ai su son nom, j'ai failli ne pas y aller, j'ai vraiment énormément hésité. Et j'y suis allé, mais à moitié malade de trouille. J'ai cru qu'il allait me jeter, je lui ai dit que je ne savais plus où j'en étais, j'ignorais si ça avait un sens de vouloir reprendre ou si j'étais une catastrophe ambulante. Il m'a écouté, testé, m'a dit que j'avais une bonne oreille, des idées, que je m'adaptais vite, et qu'il fallait juste travailler, c'est tout. Il me voit peu, car il a en charge énormément de responsabilités dans cette école, on se voit une fois par mois, il me donne des morceaux à étudier. Il a dit que par la suite, si je me débrouille, il m'intègrera dans un atelier de jazz car pour moi, le but est vraiment de jouer avec des gens. Il s'est montré adorable avec moi, vraiment, et me traite avec respect. Il m'a dit récemment "je sais que tu fais ça par passion, et je le respecte".

    Dans l'intervalle, j'ai un projet avec un ami guitariste. Dans un premier temps, on va travailler les standards de jazz ensemble. Mais il a envie de monter une petite formation et je pense qu'on va s'orienter vers du latin jazz, faire chalouper les morceaux vers une structure plus binaire et prendre un percu au lieu d'un batteur.

    Voilà, drôle de parcours, je l'avoue. J'ai la soixantaine, une santé qui n'est pas mirobolante, mais pas mal de temps, et je suis motivé ; j'ai envie de continuer, non seulement pour la musique, même si mon niveau est faible et que je m'y trouve très inégal (bien plus fait pour composer que jouer), et aussi pour renouer avec ce milieu, car jusqu'alors, j'étais assez dans l'isolement social, en fait. Et je n'aime pas ça du tout.

    Je ne sais pas ce qu'on peut me conseiller, concrètement, d'un point de vue technique. Il faut que je travaille, c'est clair. Je regarde beaucoup les vidéos explicatives de Kent Hewitt sur le piano jazz, bien que la plupart du temps, je n'aie pas le niveau pour jouer ce qu'il montre, mais ça m'apprend beaucoup sur le fonctionnement de l'harmonie jazz au piano et comment on fait sonner cet instrument, dans l'esprit jazz.

    J'essaie de me nourrir à toutes les sources utiles, et surtout, ne pas me décourager, tenir bon, keep on practicing, comme on dit. Je ne me fais pas d'illusions non plus, je ne vais pas laisser quelque empreinte, je ne crois pas, en tous cas certainement pas dans ce domaine. J'aimerais juste m'accomplir et jouer avec des gens, devant des gens, une musique qui me plaise. Déjà pas mal.

    Si vous avez des pistes pour le travail... Le fait est que ce qui m'a toujours posé le plus de problème, c'est l'indépendance des deux mains. En jazz, on n'en a moins besoin qu'en classique - le classique, je n'y pense même pas, hors de portée pour moi, mais comme ça correspond moins à ce qui m'attire... J'en écoute volontiers, notamment Ravel, Debussy, mais ça n'est pas pour moi, je le crains. Reste que, hormis l'indépendance, je vois bien aussi, quand j'improvise, qu'il y a un phrasé jazz, un vocabulaire, une tournure d'esprit, à acquérir, mais bon, ça viendra peu à peu, je suppose, si je persiste dans mon travail.

    C'était mon petit témoignage. Si vous avez des conseils, des pistes, une méthode, ou quoi que ce soit... Ou si vous avez juste envie de dire bonjour et m'encourager...

    De naturel timide, n'étant pas très sûr de moi, je préfère ne rien poster en termes de liens, vers mes morceaux actuels. J'ignore comment ça serait reçu et c'est pour moi du matériel sensible.

    Paix à tous. Bon piano.