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Est-il indispensable de jouer de mémoire

    • 21 message(s)
    26 décembre 2013 18:45:09 CET

    Quels sont les avantages de jouer de mémoire ? Je parle surtout pour les pianistes amateurs (de plus en plus de concertistes jouent avec partition). Question subsidiaire : comment mémoriser ? Est-ce simplement une question de répétitions, où existe t-il des méthodes éprouvées?

    • 78 message(s)
    27 décembre 2013 12:20:10 CET

    Lorsque je suis capable de jouer un morceau de mémoire, j'ai le sentiment de le maîtriser et de pouvoir enfin l'interpréter. Je ne me sens plus en quelque sorte accroché aux notes. Je n'ai pas ce sentiment de liberté lorsque je lis la partition. 

    Concernant la mémorisation, je dois dire que cela s'effectue de manière assez naturelle, sans que je ne m'en rende vraiment compte. Lorsque certains passages d'un morceau me posent des problèmes de mémoire, je les décortique mains séparées et essaie de comprendre ce qui se passe harmoniquement. Puis bien sûr je répète le passage autant de fois que nécessaire en l'enchaînant ensuite avec ce qui précède et ce qui suit.


    Ce message a été modifié par René Morin le 28 décembre 2013 12:43:46 CET
    • 149 message(s)
    27 décembre 2013 19:42:49 CET

    Je ne vois aucun avantage particulier à jouer de mémoire lorsque l'on a pris l'habitude de jouer en public avec partition. Cela peut même devenir une libération, tant la peur du trou de mémoire est parfois paralysante. Mais en ce qui me concerne la question ne se pose pas puisqu'en concours la partition n'est pas admise, hormis pour le répertoire contemporain.

    Concernant le processus de mémorisation, j'ai remarqué que cela se passe toujours en deux étapes. La première est une assimilation que je qualifierais de tactile puisqu'elle s'effectue automatiquement par la répétition des différents passages au cours du travail. Je parviens parfois, selon la complexité de l'écriture, à jouer le morceau par coeur sans autre travail spécifique. Mais cette mémorisation est fragile et donc insuffisante. Je la complète par un travail sur la partition, hors du piano, qui consiste à analyser la partition en profondeur. J'identifie les thèmes et note les grandes parties qui forment la pièce (par exemple: exposition avec 1er thème, 2ème thème, développement, réexposition). Ensuite, je localise les modulations et lis la partition mesure par mesure pour suivre les enchaînements harmoniques. Enfin, lorsque certains passages se répètent, je note les changements qui peuvent intervenir et qui sont parfois difficiles à mémoriser.


    Ce message a été modifié par Richard Jouvet le 28 décembre 2013 13:02:59 CET
    • 51 message(s)
    12 janvier 2014 17:08:46 CET
    Personnellement, je préfère jouer de mémoire en concert ou en concours. La partition a ses limites... Quant on travaille son programme depuis un an, la mémorisation se fait automatiquement. Je pense que la partition rajoute du trac, mais c'est juste mon avis personnel.
    • 25 message(s)
    13 janvier 2014 08:52:38 CET

    Parmi les amateurs, avec seulement quelques petites années de piano derrière soi et sans posséder le bagage théorique sur lequel s'appuie Richard, connaissez-vous aussi ce problème ?  je mémorise relativement vite, joue le morceau de mémoire mais au bout de quelques jours, je suis incapable de jouer en suivant la partition. J'ai l'impression de devoir réapprendre à déchiffrer le morceau. C'est pourquoi, en ce moment, je me force à jouer en lisant et je fais beaucoup d'exercices de lecture de notes. Et vous ? Comment faites-vous pour remédier à cette difficulté ?

    • 51 message(s)
    14 janvier 2014 01:23:59 CET

    Isabelle, je pense qu'il est important de suivre la partition jusqu'a ce que l'on la connaisse parfaitement. A ce moment et seulement a ce moment, il est possible de commencer a la memoriser. Mais c'est une erreur que beaucoup de pianistes amateurs et/ou debutants font. Il faut vraiment travailler lentement, ne pas precipiter les choses, suivre les doigtes indiques et ne pas commencer a toute allure. Le probleme, c'est qu'une fois memorise, il est tres difficile de revenir sur ses erreurs. Ca demande une assez bonne pratique et surtout, il faut recommencer a travailler lentement pour que l'erreur disparaisse. Donc vraiment vraiment vraiment, j'insiste sur ce point, vous semblez avoir une tres bonne memoire, mais si ne vous maitrisez pas totalement votre partition, mieux vaut eviter le par coeur au debut.

    • 25 message(s)
    16 janvier 2014 11:15:47 CET

    Bonjour Julie,

    Merci beaucoup pour vos éclaircissements et conseils. En fait, le processus de mémorisation est automatique, je ne commence pas à mémoriser de manière consciente, peut-être est-ce dû aussi au fait que je travaille une partition assez régulièrement sans piano pour des raisons de temps disponible relativement restreint.

    Je travaille donc mentalement, je ne vois alors plus les notes écrites mais uniquement et très exactement la position des mains sur le clavier.

    Toujours est-il que je vais revoir un petit peu ma méthode de travail. 

     

    Bonne journée

    • 149 message(s)
    16 janvier 2014 12:06:12 CET

    Bonjour Julie, vous soulevez une question très intéressante. A quel moment faut-il commencer à se détacher de la partition, à quel moment faut-il commencer à jouer par coeur ? 

    • 64 message(s)
    16 janvier 2014 17:41:14 CET

    Pour moi ce n'est pas compliqué, cela se fait automatiquement et de manière surprenante, c'est "UN" soir lorsque je m'apprête à dormir que, sans y penser particuièrement,  je "me vois" jouer mon morceau sans hésitation : placement des doigts, technique.. et l'interprétation qui en découle.. mais cela vient après beaucoup de travail sur le morceau, ce n'est donc pas si fréquent! Je suis d'ailleurs persuadée que le cerveau travaille aussi la nuit lorsqu'on joue régulièrement.. Finalement du coup, je ne cherche plus à "travailler" la mémoire, puisque j'ai un indicateur automatique! peut-être d'autres personnes vivent la même chose?

    Je ne recherche pas à tout prix la mémoire, même si pour ma part jouer sans partition me permet de mieux ressentir le morceau et vivre sans parasite les émotions, mais c'est très personnel, chacun a sa propre "qualité de réception" des émotions..

    • 51 message(s)
    16 janvier 2014 17:46:49 CET
    Bonjour Isabelle et Richard!
    Isabelle, il m'arrive également le soir, une fois mon piano pratique, d'analyser la partition. Cependant, il est vraiment indispensable une fois sur le piano, de continuer à regarder la partition, pour se forcer à ne pas regarder automatiquement les doigts. Car si par exemple, vous accompagnez un instrument par la suite, il faut savoir lire la partition, et savoir récupérer l'autre instrument s'il a manqué une mesure ou autre. Richard, vous et moi, nous préparons tous les deux pour un concours. Vous savez bien qu'il est essentiel de connaître son morceau sur le bout des doigts, tant techniquement que musicalement. Il faut commencer à jouer par coeur au dernier moment, par là je veux dire, une fois que le morceau est parfaitement maîtrisé, pas avant. Car une fois par coeur, il est très dur de revenir sur une erreur. Les doigts ont pris une mauvaise habitude et par coeur, on a tendance à la réitérer automatiquement. Le par coeur reste un travail à part entière à ne surtout pas négliger. C'est un mécanisme qui permet de se souvenir de son morceau le plus longtemps possible, mais à vraiment faire au tout dernier moment comme je l'ai dit! :-)
    • 51 message(s)
    16 janvier 2014 17:49:41 CET
    Vero Da: vous avez touché juste. C'est exactement cela qui se produit! A force de travailler, la mémorisation se fait automatiquement!
    • 34 message(s)
    17 janvier 2014 14:52:36 CET

    Excellente discussion !  A mon époque, si j'ose dire, la mémorisation était une chose que l'on forçait, la mémoire une sorte de muscle que l'on exerçait sciemment : les professeurs exigeaient, par exemple, de rendre "par coeur" (qui n'y est pour rien) toute la main gauche de sa valse de Chopin pour la leçon suivante, ou encore d'être capable de jouer chaque présentation d'un même thème d'une fugue de Bach.

    Or certains d'entre vous parlent de "mémorisation inconsciente", voire "automatique". ça m'intéresse beaucoup

    Personnellement, j'ai plutôt tendance à penser que le travail de mémorisation se prépare, donc se facilite, avant même d'approcher le clavier : en étudiant ses doigtés, en analysant la structure du morceau... Dans le travail, même, on peut également rechercher des similitudes, se créer des points de repère.

    En la matière (chacun son expérience !) je crois peu aux vertus de la répétition, mais j'aimerais savoir comment vous procédez, les uns et les autres. Est-ce que vous suivez des formules, par exemple ? Répétez-vous une page, une ligne, plusieurs fois de suite ? Testez-vous la mémoire en retirant la partition du pupitre ?

    • 51 message(s)
    17 janvier 2014 17:15:15 CET
    Bonjour Cyrus,
    Pour répondre à votre question, la mémorisation se fait inconsciemment. Il ne sert à rien de précipiter les choses. Nul besoin d'apprendre une ligne l'une après l'autre. Il suffit simplement de connaître son texte sur le bout des doigts. Cette expression est d'ailleurs très vraie concernant le piano. En travaillant une oeuvre, les doigts prennent une habitude à travers une technique, les doigtes. Le fait de travailler tous les jours permet de faire fonctionner ce travail de mémoire. La nuit, inconsciemment, chacun continue à travailler son morceau. Le fait également de l'écouter joué par un interprète aide à bien connaître son morceau.
    • 64 message(s)
    17 janvier 2014 17:49:02 CET

    Bonsoir, je suis tout à fait d'accord avec vous Julie. Lorsque je choisis un morceau à travailler sur le site, j'apprécie de pouvoir entendre encore et encore l'oeuvre jouée par le professeur (et le voir si possible). Il y a de cette façon déjà un "pré-travail" précieux de fait..Lorsque je suis ensuite au piano, je "revois et réentends" le professeur (son jeu, ses directives) et cela m'offre une avançée sur la mémorisation, en tout cas assurément un travail fiable et de qualité, ce que je recherche avant tout. Pour cela, bravo encore pour le site!

    • 149 message(s)
    19 janvier 2014 12:49:53 CET
    Julie DEVAUX PARK dit:
    Bonjour Cyrus, Pour répondre à votre question, la mémorisation se fait inconsciemment. Il ne sert à rien de précipiter les choses. Nul besoin d'apprendre une ligne l'une après l'autre. Il suffit simplement de connaître son texte sur le bout des doigts.

    La question est justement de savoir comment y parvenir. Comment arrive t-on à connaître son texte "sur le bout des doigts" (pour reprendre votre expression) ? Quelle méthode utilisez-vous ? 

  • 21 janvier 2014 18:56:57 CET

    A mon sens, on joue bien mieux de mémoire qu'avec la partition. On est totalement dans son jeu, on fait passer une émotion.

    Avec la partition, pour moi c'est comme un acteur qui récite son texte.

    Pour Richard qui demande comment arriver à connaître son texte par coeur, je te donne ma petite méthode..

    J'apprends la mélodie en chantant les notes (je peux chantonner avec les notes tout un Nocturne de Chopin ainsi..)

    Puis vient la main gauche, je la travaille seule

    Quand je la sens à point, je chante la mélodie en jouant la main gauche seule..Et là le mécanisme fonctionne.

    Un grand pianiste disait, le piano c'est 60% les doigts, 40% la tête...je ne sais plus qui c'est..

    • 51 message(s)
    21 janvier 2014 19:07:32 CET
    Bonjour Richard,
    Il me semble avoir répondu à la question dans mes commentaires précédents ou peut-être me suis-je mal exprimée! :-) A force de répéter la partition, le par coeur se fait automatiquement sans que l'on se pose de questions.
    • 34 message(s)
    21 janvier 2014 21:08:07 CET
    Bonsoir à tous. Merci Julie, Catherine et Richard d'alimenter la discussion. Très intéressant pour moi de connaître vos méthodes. Donc, globalement, vous diriez plutôt que jouer de mémoire est, sinon indispensable, du moins préférable, pour permettre de se concentrer sur la musique ?
    • 149 message(s)
    21 janvier 2014 21:14:38 CET

    Merci pour votre réponse Julie. Vous avez écrit: "il est important de suivre la partition jusqu'a ce que l'on la connaisse parfaitement. A ce moment et seulement a ce moment, il est possible de commencer a la memoriser". 

    Ma question était donc de savoir comment vous vous y prenez ? 

    • 51 message(s)
    21 janvier 2014 21:16:24 CET
    Travailler la partition et apprendre par coeur, ce sont deux choses essentielles en musique. On ne peut pas savoir un morceau sans avoir vu la partition. Pour la technique du par coeur, les doigts et le cerveau vont se détacher progressivement de la partition. Une bonne méthode aussi est d'apprendre toute sa main gauche par coeur pour être sûr de ne pas se tromper lors d'une audition. Comment apprendre la main gauche par coeur? Passage par passage. Voilà en espérant que cela puisse aider!
    • 149 message(s)
    21 janvier 2014 21:20:01 CET

    A mon avis, il ne faut pas mettre sur le même plan le travail sur la partition et le fait de l'apprendre par coeur. Le premier est indispensable, le second ne l'est pas pour bien jouer un morceau.

    • 51 message(s)
    21 janvier 2014 21:20:32 CET
    Personnellement, je travaille ma partition et quand vient le par coeur, je n'ai pas grand chose à faire. Je ressens le morceau, je m'en souviens. J'ai cette chance! Mais pour ceux à qui cela pose problème. Si écouter le morceau, le travailler quotidiennement et connaitre ses doigtes par coeur ne marche pas, alors il faut travailler passage par passage.
    • 51 message(s)
    21 janvier 2014 21:25:16 CET
    Je suis d'accord avec vous Richard. Cependant, jouer une oeuvre en concert avec partition, si ce n'est pas un accompagnement ou en orchestre, la partition déclenche plus de trac. Imaginez-vous, vous dépendez entièrement de votre partition. Une fois sur scène, le trac monte et en plein morceau, vous ne retrouvez plus votre mesure? Ca arrive beaucoup plus souvent que l'on puisse le croire. Oui, on peut avoir des trous de mémoire, mais si on connaît son morceau par coeur, on peut toujours se rattraper.
    • 14 message(s)
    21 janvier 2014 21:34:03 CET
    Je saisis cette conversation au vol., surpris qu'on ne parle nulle part de transpositions, ou d'analyse formelle... Honnêtement, la mémoire des lieux (savoir quelles "bonnes" touches frapper à tel moment) ça n'est qu'un aspect des choses. Et pas le meilleur. On ne sent rien de l'écriture d'une fugue en do mineur si on n'est capable que de la jouer en do mineur...
    • 149 message(s)
    21 janvier 2014 21:56:50 CET

    Bienvenue dans cette discussion Sébastien. Si vous reprenez le début du fil je parle justement de deux étapes: une assimilation que je qualifierais de tactile (mais cette mémorisation est fragile et donc insuffisante) puis un travail sur la partition, hors du piano, qui consiste à analyser la partition en profondeur, harmoniquement et sur le plan formel.

    Concernant la transposition des fugues, c'est un travail certainement excellent mais pas à la portée de tout le monde, vous en conviendrez.

     

    • 149 message(s)
    21 janvier 2014 22:00:26 CET

    Julie, je pense que c'est juste une question d'habitude. Richter ne jouait qu'avec partition à partir d'une certaine époque. Et aujourd'hui comme le précise Luc, beaucoup de pianistes jouent avec partition, même en récital seul (Pogorelich par exemple que j'ai entendu il y a quelques semaines).

    • 51 message(s)
    21 janvier 2014 22:10:52 CET
    Je suis d'accord avec vous! Après, je pense que chaque interprète fait comme il le ressent. Personnellement, je préfère être corps à corps avec le piano. Je me fixe plus sur l'interprétation, les nuances, mon ressenti. Non pas que je ne le fasse pas avec partition.Mais le par coeur me donne une plus grande liberté d'interprétation.
    • 51 message(s)
    21 janvier 2014 22:16:06 CET
    Concernant le travail de la partition, nous sommes bien d'accord sur son analyse. Quant à la transposition, ce n'est pas à la portée des débutants. Nous ne sommes pas tous Liszt à transposer une fugue de Bach à 11 ans, même si j'ai dû en faire souvent au conservatoire, mais parce que j'étais en cham aussi. Mémoriser et transposer sont deux travaux différents. Connaître une tonalité, c'est analyser un morceau. C'est un travail de déchiffrage. Ici, on parle de mémorisation.
    • 14 message(s)
    22 janvier 2014 10:52:03 CET
    Richard Jouvet dit:

    Bienvenue dans cette discussion Sébastien. Si vous reprenez le début du fil je parle justement de deux étapes: une assimilation que je qualifierais de tactile (mais cette mémorisation est fragile et donc insuffisante) puis un travail sur la partition, hors du piano, qui consiste à analyser la partition en profondeur, harmoniquement et sur le plan formel.

    Concernant la transposition des fugues, c'est un travail certainement excellent mais pas à la portée de tout le monde, vous en conviendrez.

     

    Bonjour Richard

    Merci de votre réponse. Transposer des fugues est une tâche ardue, c'est vrai, et je prenais un exemple fort, mais pour le reste, nous sommes sur la même ligne, puisque nous parlons de différents processus de mémorisation (Julie, vous le rappelez dans le dernier message). Surtout quand vous dites que l'assimilation tactile est insuffisante (je réserverais le "fragile" aux plus jeunes ou à ceux qui ont moins de temps à consacrer à l'instrument). Mais "jouer de mémoire", comme on dit, c'est l'aboutissement d'un travail, c'est aussi la preuve du travail !  Est-ce indispensable ? Vous citez Richter, mais il a expliqué lui-même, dans l'interview avec Monsaingeon, qu'il n'entendait plus la musique à la bonne hauteur dans les basses, donc dans son cas, c'est la partition, qui était indispensable... sinon il ne trouvait plus son chemin sur le clavier.

    Je crois qu'on pourrait creuser comme ça la question : jouer de mémoire n'est pas indispensable si l'on finit par s'éloigner involontairement du texte. ça m'est arrivé, par exemple ! On est persuadé de telle nuance, de telle indication de caractère... et en se reportant au texte on se rend compte qu'on est dans l'erreur

    • 51 message(s)
    22 janvier 2014 16:59:13 CET
    Bonjour Sébastien, mémoriser ne signifie pas s'éloigner du texte. Là-dessus, nous sommes tout à fait d'accord! :-) C'est pour cela que j'insistais sur le fait qu'il fallait faire ce travail qu'au tout dernier moment après avoir assimilé l'écriture de la partition. Bien-sûr que l'on peut jouer en concert avec partition, mais c'est tout de même plus agréable de jouer de mémorisation. Si ce n'était pas aussi important, les concours d'entrée dans les conservatoires prestigieux ne seraient pas aussi pointilleux à ce sujet. Et si l'on peut se permettre de jouer avec partition en concert, c'est bien des années après avoir fait un travail de mémorisation. Je pense vraiment qu'il est important de faire ce travail les quinze premières années de son apprentissage en piano. Je conçois également que pour un adulte qui débute ou recommence des années après avoir arrêté, rencontre plus de difficultés à mémoriser.
  • 22 janvier 2014 17:50:19 CET
    Il y a la mémoire auditive, visuelle et kinesthésique
    Quand les 3 se mettent au service du pianiste, la mémorisation est très rapide.
    Bien entendu , un pianiste "accroché" à son texte fait penser à un acteur qui ne connaît pas le sien et je n'ai jamais vu en concert de grands pianistes jouer avec la partition sous le nez...
    Voilà, j'explique les choses dans des termes clairs pour que les jeunes pianistes sur le site puissent nous comprendre et ne soient pas largués par un jargon compliqué
    Ce message a été modifié par Ancien membre le 22 janvier 2014 17:51:22 CET
    • 14 message(s)
    22 janvier 2014 21:27:57 CET

    Vous donnez une synthèse parfaite, Catherine ! Le pianiste Jean-Philippe Collard a raconté un jour comme Horowitz en personne lui avait demandé comment il parvenait à mémoriser la musique de Fauré, notamment les derniers Nocturnes (je n'entrerai pas dans le détail du pourquoi, on irait trop loin en matière de modes et tonalités). Collard avait alors dévoilé l'importance d'une mémoire kinesthésique, du corps tout entier... poésie du mouvement dans l'espace.... Je connais des pianistes professionnels qui mémorisent des partitions entières, disons une Sonate de Schubert,  comme les grands skieurs une descente, ou les pilotes de voltige leurs acrobaties aériennes. Voilà une "piste" à creuser, si j'ose dire !

  • 23 janvier 2014 05:04:33 CET
    Poésie du mouvement dans l'espace, c'est ça..ce qui donne aussi de l'énergie à la mémoire c'est l'émotion que l'on ressent
    Il faut aimer sa musique et si on l'aime, on la mémorise et on la joue presque sensuellement alors

    Et ça c'est impossible le nez collé à la partition..

    D'accord avec Sebastien..
    Ceci dit chacun fait ce qu'il lui est possible de faire, le piano c'est l'école de la modestie
    Ce message a été modifié par Ancien membre le 23 janvier 2014 05:07:27 CET
    • 34 message(s)
    23 janvier 2014 09:47:15 CET
    Tout a fait d'accord avec vous. L'émotion est un moteur, et se délivrer de la consultation obligatoire du texte ouvre la voie "au cœur et au corps". D'ailleurs, si vous permettez, M. LIGNÉ-, vous jouez vous-même avec partition, sur votre photo... ! A moins que vous n'accompagniez un musicien, ou plusieurs, ce qui relance la question de la mémorisation. Le programme entre aussi en ligne de compte, non ?
    Ce message a été modifié par Cyrus Grimaud le 23 janvier 2014 09:48:17 CET
    • 149 message(s)
    23 janvier 2014 10:26:56 CET

    Catherine et Sébastien, je ne suis pas convaincu par la "poésie du mouvement" concernant la mémorisation d'une pièce. Mais je ne demande qu'à l'être ! Concrètement, que cela signifie t-il pour une fugue à 4 voix de Bach par exemple ?

  • 23 janvier 2014 13:02:48 CET
    Richard, tu intellectualises trop la musique
    Sens-là, vis-là et si tu fais vibrer ton auditoire, alors tu as tout bon...
    • 14 message(s)
    23 janvier 2014 14:14:33 CET
    L'expression est de Jean-Philippe Collard. Ou, du moins, du journaliste qui l'interrogeait.
    Il s'agit en fait d'ajouter à la mémoire "traditionnelle" des morceaux (en l'occurrence, intelligence de la fugue, entrée des voix, traitement des réponses, phases de développement, vision globale de la structure, et globalement tout ce qui résulte du travail etc.) une mémoire des gestes et des sensations corporelles : chevauchements de mains, substitutions de doigtés, mouvements de bras, déplacements latéraux, sauts sur le clavier, réflexes du regard, anticipation des accords, déjà formés dans la main avant la frappe . Je pense à l'Hammerklavier, par exemple - tout cela étant bien sûr discret. Pas de pantomime de clown !
    Mais en mobilisant un autre circuit cérébral, en simultané, à la mémoire digitale, visuelle ou auditive pure, en prêtant attention à des aspects, disons rapidement, plus "périphériques" , on acquiert une sûreté supérieure. Il semble que la méthode ait fonctionné pour le Fauré des derniers Nocturnes. Ça marche aussi très bien au tennis ou au ski, pour intégrer des séquences complexes de mouvements.

    PS : un mot à Cyrus, en effet je joue avec partition sur cette photo, je suis accompagnateur.... Rôle où justement le jeu de mémoire me paraît plus difficile, moins indispensable.
    • 78 message(s)
    25 janvier 2014 12:52:55 CET

    Cette discussion est vraiment intéressante car elle donne un certain nombre d'éléments de réponse à un problème que rencontre beaucoup de pianistes amateurs.

    Si je reprends les propos de chacun, on peut donc dire que l'on utilise quatre types de mémoire pour mémoriser un morceau: la mémoire auditive, la mémoire visuelle, la mémoire kinesthésique et la mémoire analytique.

    La mémoire auditive entend et retient la musique. Elle permet lors de l'exécution d'un morceau de savoir si l'on joue les bonnes notes et d'anticiper sur ce qui va suivre dans les prochaines mesures.

    La mémoire visuelle est une sorte de photographie de la partition, que le pianiste voit défiler dans sa tête lorsqu'il joue un morceau.

    La mémoire kinesthésique est celle qui lui permet de se souvenir de tous les mouvements (sauts, élans, changements de direction, etc), de toutes les sensations physiques (fermeté des doigts, souplesse du poignet, mobilité des coudes, etc.) dont il aura besoin à un moment précis au cours du morceau.

    La mémoire analytique est celle qui comprend aussi bien les éléments les plus simples (notes, rythmes, nuances...) que ceux qui concernent la forme, la structure des phrases, le cheminement harmonique, etc. Et contrairement aux trois autres types de mémoire qui entrent en action naturellement et à l'insu du pianiste pendant qu'il travaille et répète la partition, la mémoire analytique s'acquiert à la suite d'une démarche intentionnelle du pianiste. 

    Le processus de mémorisation ne me paraît donc être complet que lorsque ces quatres types de mémoire sont activés. Les mémoires auditive, visuelle et kinesthésique, bien qu'essentielles, ne permettent pas à elles seules de retenir tous les détails et toute la complexité d'un texte musical.

    • 149 message(s)
    25 janvier 2014 16:28:19 CET

    Excellente synthèse René ! Pour ma part, je n'ai rien à ajouter.

  • 26 janvier 2014 16:05:15 CET
    Bonjour René..la mémoire analytique...pourquoi pas..la mémoire émotionnelle aussi peut être..

    Personnellement les 3 premières me conviennent parfaitement pour apprendre par cœur mon texte et le jouer sans partition et même plusieurs années après...

    Sans doute d'autres mémoires qui s'ancrent dans le cerveau viennent s'ajouter inconsciemment à ces 3 là..
    • 1 message(s)
    21 mars 2014 12:45:06 CET

    Bonjour,

    Pour ma part, j'ai commencé le piano très tard (après 50 ans). Je dois dire que j'ai une excellente mémoire. Mais je travaille différemment selon que je joue avec partition ou sans partition. Je veux dire, si je décide de mettre un morceau à mon répertoire parce que je l'aime beaucoup, j'apprends mon morceau par coeur de suite car sinon c'est fichu et je suis scotchée à la partition. Je travaille d'abord la partie intellectuelle, j'analyse le morceau. Ensuite je travaille mesure après mesure en commencant par les difficultés majeures du morceau, le reste va tout seul ensuite, et je travaille en boucle quand je je peux pour la mémorisation et la mémoire des doigts. Ce que je fais toujours par contre c'est d'écouter le son et faire en sorte qu'il soit beau même si je vais lentement. Je termine toujours ma séance de travail par un jeu lent et les mains séparées d'abord et lent mains ensembles ensuite. Le reste du travail se fait quand je dors ou entre deux séances.

    j'ai pris aussi l'habitude de travailler un autre répertoire avec partitions, pour me perfectionner dans la lecture et le déchiffrage.

    • 78 message(s)
    22 mars 2014 14:51:31 CET

    Chantal, merci pour votre témoignage. Lorsque vous dites finir votre séance de travail par un jeu lent, est-ce de mémoire ou avec la partition ?

  • 23 avril 2014 16:33:51 CEST

    Indispensable de jouer en mémoire, sinon vous êtes condamné à vie à la lecture ...........

    • 34 message(s)
    29 avril 2014 10:56:38 CEST

    Je viens de lire un entretien passionnant, dans la presse, avec Marc-André Hamelin, grand pianiste actuel, qui dit que le jeu de mémoire est indispensable devant son public, sans quoi jouer du piano n'est plus un plaisir artistique mais "s'apparente à une activité de bureau", on pose son livre sous son nez et on fait la lecture. J'ai trouvé cela très juste. Qu'en pensez-vous, les uns et les autres ?

    • 64 message(s)
    29 avril 2014 11:53:48 CEST

    Je suis d'accord sur le "plaisir artistique" , il est à mon sens à son apogée lorsqu'on joue de mémoire, il permet une totale "libération" émotionnelle. Mais de là à dire qu'avec partition cela revient à une "activité de bureau" .. il vaut mieux jouer avec partition que sans si l'on n'a pas assez confiance, ou pas assez de maîtrise de l'oeuvre. Car jouer de mémoire impose une perfection et une assurance sans faille! et lorsqu'on y parvient, c'est le top!

  • 19 août 2014 17:07:25 CEST

    Pour moi c'est une question de répétition

    • 78 message(s)
    30 octobre 2014 16:59:50 CET

    Oui mais Théodore la répétition ne fait pas tout à mon avis. Sans une analyse profonde de la partition dans des morceaux difficiles (fugues de Bach par exemple), il est impossible d'être sûr de sa mémoire à 100%.

    • 4 message(s)
    29 avril 2015 21:49:03 CEST

    Je pense que jouer de mémoire permet en quelque sorte de ce libérer de la partition et de ce concentrer sur l'interpretation. Le danger etant également d'apprendre des erreurs si on a mal ou pas suffisament fait attention a la partition à la base

     

     

     

     

    http://pianoclassic.skyrock.com

    • 1 message(s)
    2 septembre 2016 23:20:50 CEST

    Bonjour,

    Je pense qu'il est indispensable de jouer de mémoire pour se libérer du texte. Mon expérience est que la mémoire automatique (celle des doigts) ne tient pas lors d'une exécution en public. Au travail de mémorisation des doigts, de mémorisation visuelle doit se rajouter (particulièrement avec JS Bach) un travail de mémorisation qui consiste à jouer les mains de mémoire (et les voix dans le cas d'une écriture en contrepoint) en chantant ou disant les notes sans faire d'erreur. Si en plus de cela on est capable (et je n'y arrive que rarement, car c'est extrèmement difficile et prend beaucoup de temps) de jouer une main en chantant l'autre qui ne joue pas, alors la mémorisation sera fiable même en situation de trac.

    Et si on ne veut pas jouer de mémoire, alors il faut être capable de jouer en fixant la partition sans regarder les doigts, sinon accident si trou de mémoire pendant un passage joué en regardant ses doigts (donc de mémoire) qui fait que dans ce cas on est perdu et on ne sait plus où on était dans la partition ! Cela m'est arrivé récemment dans une oeuvre de Mendelssohn, pas gai ! :(